mercredi 9 novembre 2016

Morts un 9 novembre, le général de Gaulle et Yves Montand


Vous ne savez jamais avec précision quand la grande faucheuse viendra frapper votre nuque de son couperet glacial.

A propos de ce jour dont j'ignore la date mais que j'espère lointain, je nourris l’espoir, sans doute aussi vain que celui de gagner à la loterie, qu'il survienne un 9 novembre.

Le tapis de feuilles jaunies qui recouvrent alors les cimetières y est encore parsemé des chrysanthèmes déposés sur les tombes quelques jours auparavant, en plein cœur d'un automne qui file, tambour battant, vers l'hiver. La vie, comme la lumière, recule inexorablement vers les tréfonds de la mort, se vide de son éclat, décline.

Le 9 novembre a vu arraché au monde des vivants l’indéracinable général de Gaulle, ce vieux chêne comme l’appelait Malraux, et l’inimitable Yves Montand, qui faisait virevolter les feuilles mortes dans une douce mélodie. Tous deux trônent dans mon panthéon personnel. Ils gisent dans ma crypte secrète. Me recueillir sur leur tombe respective, à Colombey-les-deux-Eglises et au Père Lachaise, m’a toujours empli d’émotion.

jeudi 30 juin 2016

Fascistes, nous ?

Dans nos sociétés, il est deux accusations qui vous excluent du corps social et dont vous ne vous relevez jamais totalement : celle vous désignant comme un pervers sexuel d’une part, celle vous cataloguant parmi les extrémistes de droite de l’autre. Si, pendant plusieurs décennies, jusqu’à l’affaire Dutroux, il s’est trouvé de sombres libertaires, comme Daniel Cohn-Bendit, pour défendre l’odieux crime moral qu’est la pédophilie, et si, jusqu’à DSK, les libidineux ont pu donner libre cours à leurs fantasmes sous couvert de libération sexuelle, il ne s’est pas trouvé beaucoup d’individus pour se déclarer d’extrême droite.
Selon la hiérarchisation des vices, il vaut désormais mieux être un voyou injustement perverti par la société voire un terroriste n’ayant pas compris le message d’amour véhiculé par sa religion forcément tolérante –sauf s’il s’agit de christianisme- que voir planer sur soi le soupçon de fascisme, ce terme que la bien-pensance utilise tout à trac pour qualifier les opinions qu’elle abhorre. Elle applique ainsi l’aphorisme apocryphe, injustement attribué à Staline, mais peut-être réellement prononcé par un certain Dmitri Manouilsky : « accusez vos adversaires de fascisme, le temps qu’ils se justifient, vous avez tout le loisir de leur porter de nouvelles attaques. »

jeudi 9 juin 2016

Boulevard à droite


A regarder, à gauche, puis à droite avant de traverser, comme il nous est enseigné depuis l’enfance docile, on finit rapidement par pouvoir jauger habilement le trafic. En politique, les choses sont à peine différentes. A observer la gauche encombrer la bande extrême et la droite traditionnelle, qui n’en est plus vraiment une depuis la mort de Jean Gol au crépuscule de l’été 1995, occuper la bande du centre, on finirait par se persuader qu’il existât, en Belgique francophone, un boulevard pour les forces qu’on place, par facilité ou par pudeur, à la droite de la droite.
En additionnant les pourcentages dont les sondages gratifient les formations en rupture de ban, celles-ci n’obtiennent pourtant qu’un chiffre demeurant légèrement en-deçà de la barre symbolique des 10 % et nettement en-dessous d’une moyenne européenne que les suffrages successifs font progresser. La Wallonie et Bruxelles, décidément, n’ont rien de l’Autriche rebelle, de la Hongrie frondeuse, de la Scandinavie éprise d’une audace qu’on lui connaissait peu, ni même de cette Flandre si lointaine et si joliment conservatrice.

mercredi 16 mars 2016

Le monde politique d'après

Nous changeons de paradigme. Il est un fait, désormais acquis, que les forces de pensée aujourd’hui vouées aux gémonies, car taxées de nazisme et d’autres amabilités –par le biais des points Godwin et de la reductio ad hitlerum- finiront –ce n’est qu’une question de temps- par gagner la bataille des idées. Victimes des tours de passe-passe des auto-proclamés « démocrates », elles parviennent plus difficilement à accéder au pouvoir. Participer aux affaires n’aura d’ailleurs rien d’une sinécure. Et pas uniquement parce qu’il faudra, au préalable, démêler le monde actuel.
Pour avoir laissé entendre que l’arrivée des migrants était en réalité une invasion, le groupe Sudpresse a dû faire face à un déferlement de plaintes, provenant essentiellement de particuliers, au Conseil de déontologie journalistique. En raison de son discours ferme sur l’immigration –mais aussi, soyons de bon compte de son goût pour l’agitation et de ses mauvaises manières-, le tumultueux Donald Trump, impétrant au poste suprême des Etats-Unis, voit s’abattre sur lui les critiques de toute une caste acquise au politiquement correct. Ce ne sont là que deux exemples : tous les adversaires du politiquement correct ont déjà eu à subir le comportement agressif, injurieux ou malhonnête des adeptes du camp du bien.

mercredi 9 mars 2016

Homère à la rescousse de l'Occident décadent

« Homère est nouveau, ce matin, et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui » : par cet aphorisme, le « mécontemporain »(1) Charles Péguy soulignait autant l’intemporalité de l’œuvre léguée par l’aède grec que l’obsolescence des gazettes relayant des nouvelles qui se bousculent désormais à un rythme effréné. S’il ne devait rester que deux textes de la production littéraire et culturelle fournie par l’espace européen, l’Iliade et l’Odyssée, plus sans doute que la Bible et forcément que l’œuvre de Guillaume Musso, seraient vraisemblablement ceux-là. Rédigées au VIIIe siècle avant notre ère, et conservées par-delà les âges en ne cessant d’être une source d’inspiration, de Pindare à Giraudoux, elles incarnent, en lettres de chair, la civilisation occidentale « aux origines grecques » et portent en germe les conditions de sa palingénésie.
Chez Homère, l’individu souverain demeure maître de son destin, quoique, époque oblige, forcément influencé par les divinités qui, bien qu’au-dessus de la mêlée, s’incarnent jusqu’à prendre fait et cause pour un des protagonistes : Aphrodite soutient Pâris qui l’avait élevée au rang de plus belle parmi les déesses, Arès se range du côté des Troyens, Athéna et Hermès viennent en aide à Ulysse, Poséidon s’oppose à lui, Eole oscille entre les deux positions. En réalité, l’intervention divine hâte les destins individuels davantage qu’il ne les influence réellement. D’ailleurs, tempère l’académicienne helléniste Jacqueline de Romilly, « quand ils interviennent, eux qui peuvent tout, ce n’est point pour faire s’effacer la raison humaine. Au contraire, on dirait qu’Homère offre toujours, dans l’Iliade, des miracles que chacun peut y reconnaître, en tous les temps, les souvenirs familiers des surprises imposées par la vie »(2). Le christianisme, qui doit sa mainmise sur l’Occident à son OPA sur un monde romain en déclin, inversera les rôles en faisant découler toute chose du tout-puissant.

mercredi 20 janvier 2016

A la recherche de la littérature perdue

La littérature a pendant des siècles su incarner et sublimer son époque. Elle est aujourd’hui en capilotade, à la recherche de talents, d’un public, de querelles intestines, de salons, de mouvements. En un mot, d’identité. Dans le déferlement en pente déclinante des siècles, nous sommes passés de Chateaubriand à Amélie Nothomb, d’Eugénie Grandet, héroïne d’Honoré de Balzac, à Lauren Kline, personnage de Marc Lévy, du salon de Germaine de Staël au plateau télévisé de Laurent Ruquier, des funérailles nationales offertes à Victor Hugo à l’enterrement dans l’anonymat des derniers grands écrivains et, avec eux, du noble art littéraire.
Guillaume Musso versus Marc Lévy : l’opposition stérile et montée de toutes pièces entre deux écrivains populaires qu’en réalité rien n’oppose est la version moderne des clivages qui ont autrefois secoué la littérature. La querelle des Anciens et des Modernes divisa, autour de Boileau (auteur des Satires) et de Perrault (Contes de ma mère l’Oye), les tenants du retour systématique à l’Antiquité comme période indépassable aux partisans de la nouveauté et des thématiques contemporaines. A la même époque, l’Affaire des Sonnets opposa, par textes interposés, les thuriféraires et les contempteurs de Racine. Plus récemment, l’opposition entre Tolstoï et Dostoïevski fit écrire au génial Georges Steiner : « En demandant à un homme - ou à une femme - s'il préfère Tolstoï ou Dostoïevski, on peut connaître le secret de son cœur ». Les cœurs ne sont désormais enclins à se laisser irriguer par le sang des révoltes, mais par une eau de rose forcément tiède.

vendredi 1 janvier 2016

Du devoir de réarmer moralement les individus

Des droits, encore des droits, toujours des droits, rien que des droits. L’homme moderne sait que leur champ d’application est désormais infini. Le droit à bénéficier d’allocations diverses. Le droit au mariage pour tous et à l’adoption. Le droit opposable au logement. Le droit de jouir sans entraves. Le droit de souiller le drapeau national. Le droit de ne rien faire. A ne plus célébrer qu’eux, au détriment des devoirs, ravalés au rang de vilain mot de la langue de Molière, se crée un déséquilibre sapant les fondements de la société.
Au sortir de la seconde guerre mondiale, qui avait vu l’homme porter la barbarie à son acmé, la déclaration universelle des Droits de l’Homme, signée en grande pompe dans les couloirs du palais de Chaillot en 1948, symbolisait une avancée heureuse dans le combat intemporel pour la dignité humaine. Elle aura eu pour contrepartie l’entrée progressive dans une ère nouvelle pour l’homme qui allait également signifier son désarmement moral.  Celui-ci a eu pour corolaire l’assistanat généralisé, l’ignorance assumée, l’abandon des rôles sociaux (hommes-femmes, parents-enfants, citoyens…), la culture de l’excuse, le passage de l’immoralisme (et de la transgression plus ou moins tolérée) à l’amoralisme (absence de toute morale), le renversement des normes et des hiérarchies, le rejet de tout référent (nation, famille…) et par dessus tout la déresponsabilisation individuelle et collective.