mercredi 16 mars 2016

Le monde politique d'après

Nous changeons de paradigme. Il est un fait, désormais acquis, que les forces de pensée aujourd’hui vouées aux gémonies, car taxées de nazisme et d’autres amabilités –par le biais des points Godwin et de la reductio ad hitlerum- finiront –ce n’est qu’une question de temps- par gagner la bataille des idées. Victimes des tours de passe-passe des auto-proclamés « démocrates », elles parviennent plus difficilement à accéder au pouvoir. Participer aux affaires n’aura d’ailleurs rien d’une sinécure. Et pas uniquement parce qu’il faudra, au préalable, démêler le monde actuel.

Pour avoir laissé entendre que l’arrivée des migrants était en réalité une invasion, le groupe Sudpresse a dû faire face à un déferlement de plaintes, provenant essentiellement de particuliers, au Conseil de déontologie journalistique. En raison de son discours ferme sur l’immigration –mais aussi, soyons de bon compte de son goût pour l’agitation et de ses mauvaises manières-, le tumultueux Donald Trump, impétrant au poste suprême des Etats-Unis, voit s’abattre sur lui les critiques de toute une caste acquise au politiquement correct. Ce ne sont là que deux exemples : tous les adversaires du politiquement correct ont déjà eu à subir le comportement agressif, injurieux ou malhonnête des adeptes du camp du bien.

mercredi 9 mars 2016

Homère à la rescousse de l'Occident décadent

« Homère est nouveau, ce matin, et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui » : par cet aphorisme, le « mécontemporain »(1) Charles Péguy soulignait autant l’intemporalité de l’œuvre léguée par l’aède grec que l’obsolescence des gazettes relayant des nouvelles qui se bousculent désormais à un rythme effréné. S’il ne devait rester que deux textes de la production littéraire et culturelle fournie par l’espace européen, l’Iliade et l’Odyssée, plus sans doute que la Bible et forcément que l’œuvre de Guillaume Musso, seraient vraisemblablement ceux-là. Rédigées au VIIIe siècle avant notre ère, et conservées par-delà les âges en ne cessant d’être une source d’inspiration, de Pindare à Giraudoux, elles incarnent, en lettres de chair, la civilisation occidentale « aux origines grecques » et portent en germe les conditions de sa palingénésie.

Chez Homère, l’individu souverain demeure maître de son destin, quoique, époque oblige, forcément influencé par les divinités qui, bien qu’au-dessus de la mêlée, s’incarnent jusqu’à prendre fait et cause pour un des protagonistes : Aphrodite soutient Pâris qui l’avait élevée au rang de plus belle parmi les déesses, Arès se range du côté des Troyens, Athéna et Hermès viennent en aide à Ulysse, Poséidon s’oppose à lui, Eole oscille entre les deux positions. En réalité, l’intervention divine hâte les destins individuels davantage qu’il ne les influence réellement. D’ailleurs, tempère l’académicienne helléniste Jacqueline de Romilly, « quand ils interviennent, eux qui peuvent tout, ce n’est point pour faire s’effacer la raison humaine. Au contraire, on dirait qu’Homère offre toujours, dans l’Iliade, des miracles que chacun peut y reconnaître, en tous les temps, les souvenirs familiers des surprises imposées par la vie »(2). Le christianisme, qui doit sa mainmise sur l’Occident à son OPA sur un monde romain en déclin, inversera les rôles en faisant découler toute chose du tout-puissant.