mercredi 16 mars 2016

Le monde politique d'après

Nous changeons de paradigme. Il est un fait, désormais acquis, que les forces de pensée aujourd’hui vouées aux gémonies, car taxées de nazisme et d’autres amabilités –par le biais des points Godwin et de la reductio ad hitlerum- finiront –ce n’est qu’une question de temps- par gagner la bataille des idées. Victimes des tours de passe-passe des auto-proclamés « démocrates », elles parviennent plus difficilement à accéder au pouvoir. Participer aux affaires n’aura d’ailleurs rien d’une sinécure. Et pas uniquement parce qu’il faudra, au préalable, démêler le monde actuel.

Pour avoir laissé entendre que l’arrivée des migrants était en réalité une invasion, le groupe Sudpresse a dû faire face à un déferlement de plaintes, provenant essentiellement de particuliers, au Conseil de déontologie journalistique. En raison de son discours ferme sur l’immigration –mais aussi, soyons de bon compte de son goût pour l’agitation et de ses mauvaises manières-, le tumultueux Donald Trump, impétrant au poste suprême des Etats-Unis, voit s’abattre sur lui les critiques de toute une caste acquise au politiquement correct. Ce ne sont là que deux exemples : tous les adversaires du politiquement correct ont déjà eu à subir le comportement agressif, injurieux ou malhonnête des adeptes du camp du bien.

Le landernau, aux pratiques bien huilées, redouble aujourd’hui de vigueur à mesure que le monde qu’il a construit lui échappe et il ne sait d’ailleurs plus très bien à quel saint se vouer pour ne pas perdre ses privilèges. Car la réalité rattrape ses pires cauchemars : en même temps que sonne le glas des bien-pensants, tinte l’heure des néo-réac, populistes, conservateurs, antimondialistes et autres souverainistes qui sont en passe de remporter le combat gramscien ou métapolitique. Comme il existe en économie les désormais fameux « cycles de Kondratiev », faisant alterner des périodes fastes et d’autres plus difficiles, il faut envisager l’existence de cycles politiques d’alternance entre progressistes et réactionnaires. La période entamée à la fin des années 60 est en passe de se clore. L’arrivée possible au pouvoir, dans les années à venir, des mal-pensants, avec de réels leviers d’action, permettra de mener un réel programme de rupture.

Encore faudra-t-il que les rebelles s’accordent, tant ce qui aujourd’hui les rassemble –rejet des élites, de l’immigration, des gaspillages publics- laissera rapidement place à ce qui les divise : entre les partisans de la monnaie unique et ceux de la sortie de l’euro, entre les libéraux et les souverainistes, entre séides d’un Etat fort et thuriféraires d’un Etat faible, le fossé est parfois plus grand que leur union de façade laisse transparaître. D’ailleurs, la division n’a épargné aucun espace géographique confronté à un bouleversement politique majeur : dans la Russie post-soviétique, l’union des opposants a rapidement laissé place aux clivages classiques ; en Afrique du Sud, la toute-puissance de l’ANC a été battue en brèche par des querelles internes.

La question centrale du brassage de population induite par les migrations, impliquera elle aussi de trancher. Plusieurs pistes, aujourd’hui timidement avancées par les intellectuels « hors système », ne manqueront pas d’apparaître au grand jour dans les débats que porteront les partis actuellement rangés derrière des cordons sanitaires. Dans un monde aux frontières réaffirmées, au sein desquels les traités internationaux seront forcément remis en cause, chaque Etat souverain devra trancher : entre la remigration, la sanctuarisation, l’éventail des possibles est large.

La remigration est le nom donné au retour des immigrés chez eux. Il faut d’emblée effectuer une double mise au point. Non, le retour ne se fera pas sur base volontaire, dans les conditions actuelles du moins, et, non, il ne se fera pas non plus de force, pour une raison simple : l’inhumanité, en démocratie, n’a jamais fait partie des solutions envisageables. La remigration ne pourra donc s’effectuer, dans le meilleur des cas, que par la fin de la pompe aspirante qu’est le découplage de l’octroi d’aides diverses au principe de nationalité.

Une telle option ne manque pas de soulever une vague de scepticisme et, pour les esprits les plus pragmatiques, il faudra bel et bien « faire avec » les étrangers présents sur le territoire. L’assimilation –à ne pas confondre avec l’intégration- ne pouvant se faire qu’à une échelle individuelle et non un niveau collectif, car avec la meilleure volonté du monde il sera difficile d’assimiler des communautés, le processus de sanctuarisation est aujourd’hui avancé par un intellectuel comme Renaud Camus –à qui l’on doit aussi le concept de grand remplacement de population- ou par un philosophe en herbe comme Julien Rochedy. En d’autres termes, à défaut de pouvoir assimiler les populations étrangères, il faudra organiser la conservation de ce qui a fait la richesse de notre monde. Les deux hommes envisagent un tel processus en dehors de tout pouvoir étatique. Mais existe-t-il assez d’individus décidés à sauver ce qui peut l’être ? Ce sera donc bel et bien à l’Etat d’initier le mouvement.

Le pouvoir immigrationniste a fini par imposer aux populations, qui n’en voulaient pas, un multiculturalisme qui a fini par dériver en apartheid (selon son sens étymologique de « développement séparé ») : à chacun ses quartiers et ses coutumes. Le pouvoir renouvelé devra ainsi organiser la conservation du patrimoine culturel multiséculaire. Le temps pressera tant la démographie joue contre le maintien des valeurs originelles. A eux de gérer leurs divisions.

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