jeudi 30 juin 2016

Fascistes, nous ?

Dans nos sociétés, il est deux accusations qui vous excluent du corps social et dont vous ne vous relevez jamais totalement : celle vous désignant comme un pervers sexuel d’une part, celle vous cataloguant parmi les extrémistes de droite de l’autre. Si, pendant plusieurs décennies, jusqu’à l’affaire Dutroux, il s’est trouvé de sombres libertaires, comme Daniel Cohn-Bendit, pour défendre l’odieux crime moral qu’est la pédophilie, et si, jusqu’à DSK, les libidineux ont pu donner libre cours à leurs fantasmes sous couvert de libération sexuelle, il ne s’est pas trouvé beaucoup d’individus pour se déclarer d’extrême droite.

Selon la hiérarchisation des vices, il vaut désormais mieux être un voyou injustement perverti par la société voire un terroriste n’ayant pas compris le message d’amour véhiculé par sa religion forcément tolérante –sauf s’il s’agit de christianisme- que voir planer sur soi le soupçon de fascisme, ce terme que la bien-pensance utilise tout à trac pour qualifier les opinions qu’elle abhorre. Elle applique ainsi l’aphorisme apocryphe, injustement attribué à Staline, mais peut-être réellement prononcé par un certain Dmitri Manouilsky : « accusez vos adversaires de fascisme, le temps qu’ils se justifient, vous avez tout le loisir de leur porter de nouvelles attaques. »

jeudi 9 juin 2016

Boulevard à droite


A regarder, à gauche, puis à droite avant de traverser, comme il nous est enseigné depuis l’enfance docile, on finit rapidement par pouvoir jauger habilement le trafic. En politique, les choses sont à peine différentes. A observer la gauche encombrer la bande extrême et la droite traditionnelle, qui n’en est plus vraiment une depuis la mort de Jean Gol au crépuscule de l’été 1995, occuper la bande du centre, on finirait par se persuader qu’il existât, en Belgique francophone, un boulevard pour les forces qu’on place, par facilité ou par pudeur, à la droite de la droite.

En additionnant les pourcentages dont les sondages gratifient les formations en rupture de ban, celles-ci n’obtiennent pourtant qu’un chiffre demeurant légèrement en-deçà de la barre symbolique des 10 % et nettement en-dessous d’une moyenne européenne que les suffrages successifs font progresser. La Wallonie et Bruxelles, décidément, n’ont rien de l’Autriche rebelle, de la Hongrie frondeuse, de la Scandinavie éprise d’une audace qu’on lui connaissait peu, ni même de cette Flandre si lointaine et si joliment conservatrice.