vendredi 4 août 2017

De droite


Les analystes de la chose politique et les politiciens eux-mêmes commettent souvent l’une des deux erreurs suivantes : penser et agir, d’une part, comme si les clivages traditionnels avaient été balayés ; affirmer, de l’autre, qu’ils subsistent tels qu’appréhendés depuis plusieurs décennies. 

De la même manière que la révolution nationale entre le XVIe et le XIXe siècle avait enfanté des intérêts divergents entre l’Eglise et l’Etat d’une part et entre le centre et la périphérie de l’autre, tout comme la révolution industrielle avait divisé la société entre les possédants et les travailleurs ainsi qu’entre l’industrie et l’agriculture, la révolution mondiale à l’œuvre clive désormais la société entre gagnants et perdants de la mondialisation. L’évidence est telle qu’elle pourrait signifier la fin des notions de gauche et de droite ou une refonte de leurs acceptions.

Ce serait oublier qu’il subsiste une façon presque intemporelle d’être de droite ou de gauche qui renvoient à des références culturelles, des filiations historiques et une manière de vivre qui forgent les caractères. L’homme de droite respecte la verticalité et hiérarchise ; celui de gauche préfère l’horizontalité et égalise ; le premier s’appuie sur le passé pour construire l’avenir ; le second le balaie au nom du progressisme ; le droitiste chérit la liberté d’entreprendre ; le second préfère la planification ; le premier aime sa culture qu’il estime supérieure, le second entend la fondre dans un creuset multiculturel ; le premier aime l’ordre, le second choie le chaos. Tout homme qui se prétend d’une catégorie sans obéir à ses marqueurs culturels appartient, parfois sans en être conscient, au camp d’en face.

mercredi 26 juillet 2017

Conseils de lecture pour l'été

Comme il m’est de temps en temps demandé des conseils de lecture, je vous livre, pour l’été, une sélection de dix romans qui m’ont particulièrement marqué pour des raisons diverses, mais qui ont en commun d’allier un style élevé (voire révolutionnaire) et une certaine vision du monde.   

1. Mémoires d’outre-tombe (François-René de Chateaubriand). « Je veux être Chateaubriand ou rien », écrivait Victor Hugo – que je cite pour me faire pardonner son absence de ce classement. On tient là forcément une preuve que le Malouin est peut-être le plus grand écrivain de langue française (et donc plus grand écrivain tout court) de l’histoire. Les Mémoires traversent soixante années d’histoire de France, dont Chateaubriand finit par devenir un acteur, et des paysages intemporels.

lundi 26 juin 2017

Des hommes pour un combat de civilisation

Au fil de mes pérégrinations sur les terres bruxelloises, wallonnes et européennes –je ne m’aventure jamais vraiment au-delà de ce monde connu-, il m’arrive souvent de penser que la lutte au nom d’une certaine idée de la civilisation et de l’homme, que je mène avec d’autres, est perdue.

On pourra citer, parmi les causes de la défaite programmée, des raisons aussi diverses que l’évolution démographique –comprenez le remplacement de population-, l’intérêt égoïste des élites ou encore le fatalisme, mais la réalité est plus cruelle : la déréliction actuelle découle de la morale de vaincu instillée dans toutes les strates de la société.

La défense de l’identité basée sur l’héritage des siècles n’est en effet plus menée, à la hussarde et pour le panache, que par quelques irréductibles, forcément trop peu nombreux, qui ne transigeront jamais sur l’essentiel. Les autres, que je prends pour des lâches, des soumis et/ou des traîtres, ont renoncé, se sont tapis dans l’apathie ou ont entrepris de collaborer avec les forces ennemies.

jeudi 9 mars 2017

Homère à la rescousse de l'Occident décadent

« Homère est nouveau, ce matin, et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui » : par cet aphorisme, le « mécontemporain »(1) Charles Péguy soulignait autant l’intemporalité de l’œuvre léguée par l’aède grec que l’obsolescence des gazettes relayant des nouvelles qui se bousculent désormais à un rythme effréné. S’il ne devait rester que deux textes de la production littéraire et culturelle fournie par l’espace européen, l’Iliade et l’Odyssée, plus sans doute que la Bible et forcément que l’œuvre de Guillaume Musso, seraient vraisemblablement ceux-là. Rédigées au VIIIe siècle avant notre ère, et conservées par-delà les âges en ne cessant d’être une source d’inspiration, de Pindare à Giraudoux, elles incarnent, en lettres de chair, la civilisation occidentale « aux origines grecques » et portent en germe les conditions de sa palingénésie.

Chez Homère, l’individu souverain demeure maître de son destin, quoique, époque oblige, forcément influencé par les divinités qui, bien qu’au-dessus de la mêlée, s’incarnent jusqu’à prendre fait et cause pour un des protagonistes : Aphrodite soutient Pâris qui l’avait élevée au rang de plus belle parmi les déesses, Arès se range du côté des Troyens, Athéna et Hermès viennent en aide à Ulysse, Poséidon s’oppose à lui, Eole oscille entre les deux positions. En réalité, l’intervention divine hâte les destins individuels davantage qu’il ne les influence réellement. D’ailleurs, tempère l’académicienne helléniste Jacqueline de Romilly, « quand ils interviennent, eux qui peuvent tout, ce n’est point pour faire s’effacer la raison humaine. Au contraire, on dirait qu’Homère offre toujours, dans l’Iliade, des miracles que chacun peut y reconnaître, en tous les temps, les souvenirs familiers des surprises imposées par la vie »(2). Le christianisme, qui doit sa mainmise sur l’Occident à son OPA sur un monde romain en déclin, inversera les rôles en faisant découler toute chose du tout-puissant.

vendredi 10 février 2017

Les nouvelles stratégies des médias face à la réalité

Dépassés par un monde qui, non seulement ne répond plus à leur vision idéalisée, mais qui, de surcroît, échappe à leur mainmise, les médias traditionnels ont entrepris d’adapter leurs méthodes. A la reductio ad hitlerum, au déni de réalité et à l’ostracisation de ceux qui « pensent mal », autant de stratégies éculées, sont venues se greffer de nouvelles techniques –parfois de très anciennes remises au goût du jour-, certes plus subtiles, mais qui ne trompent pas grand-monde. Elles sont au moins au nombre de neuf.

1. Pensant être les garants de la vérité, les médias ont mis en place des outils de « vérification » de l’information qui présentent tous les atours de la méthode scientifique. Le fact checking a laissé place au « décodage » au nom d’impératifs idéologiques. Les « décodeurs » des différents journaux ont pourtant beaucoup de mal à avancer des chiffres ou des faits étayant leurs thèses et ciblent donc le plus souvent les médias qui les véhiculent. Sans surprise, dans le Decodex que vient de lancer Le Monde, un quotidien comme L’Humanité est qualifié de fiable et un journal en ligne comme Boulevard Voltaire est rangé dans la catégorie des médias peu crédibles.

2. Depuis le début des attentats terroristes en Europe, les journalistes nous ont invités à ne pas commettre d’amalgames. Pourtant, quand il s’agit d’un responsable politique de la « droite décomplexée » ou d’un éditorialiste commentant « hors les murs », le mantra est vite oublié. A cette aune, toute personne qui pense mal ou de manière farfelue est amalgamée sous le concept faîtier de « fachosphère ». On ne saurait pourtant, quand on est de bonne foi, ranger Alain Finkielkraut et Dieudonné, des personnalités de la droite identitaire et des complotistes, sous une même coupole. Pis, les mêmes qui affirment que l’islamisme n’est pas l’islam, ne s’embarrassent d’aucune précaution lorsqu’ils prétendent que « Le Pen et Daesh, c’est la même chose ».